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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 10:40
Auteur
Alessandro BARICCO 
 
Catégorie
Improbabilités en tous genres... Pour rêver, et surtout exister...
 
Quatrième de couverture par l'auteur
"Pour la petite histoire, je voudrais dire que pour la première fois j'ai écrit un livre qui, au moins en partie, se passe de nos jours. Il y a des voitures, des téléphones, des autobus, il y a même un téléviseur, et à un moment, il y a un monsieur qui vend une caravane. Il n'y a pas d'ordinateur mais un jour j'y arriverai. A vrai dire,je me suis un peu reposé de cet effort en dessinant dans City deux quartiers, qui glissent en arrière dans le temps.
Dans l'un d'eux, il y a une histoire de boxe, du temps de la radio. Dans l'autre, il y a un western. J'ai toujours eu envie d'écrire un western. C'est très amusant et c'est aussi très difficile. Tu passes ton temps à te demander comment tu vas bien pouvoir écrire la fusillade finale."
 
 
Morceau choisi : le professeur Bandini présente sa théorie sur le porch, ou véranda
" L'anomalie du porch - continua le professeur Bandini - est bien évidemment d'être, dans le même temps, un lieu dedans et un lieu dehors. D'une certaine manière il représente un seuil en prolongement, où la maison n'est plus, sans toutefois s'être annihilée dans la menace du dehors. Il est une zone franche dans laquelle l'idée de lieu protégé, dont toute maison est là pour être le témoignage et la réalisation, va au delà de sa propre définition, et se repropose, presque sans défense, comme par une résistance posthume aux prétentions de l'ouvert. en ce sens, cela paraîtrait un lieu faible par excellence, monde en équilibre, idée en exil. Et il n'est pas exclu que ce soit précisemment cette identité faible qui coucoure à son charme, l'homme étant enclin à aimer les lieux qui semblent incarner sa propre précarité, qui le fait créature à découvert, être de frontière.
En privé, le professeur Bandini résumait ce résonnement par une expression qu'il jugeait imprudent d'utiliser en public, mais qu'il considérait comme une heureuse synthèse "Les hommes ont des maisons : mais ils sont des vérandas"
[...]
C'était une chose à laquelle le professeur Bandini croyait, par delà n'importe quelle nécessité académique - lui, simplement, il croyait que les choses se passaient exactement ainsi, il le croyait même quand il était dans sa salle de bains. Il pensait, vraiment, que les hommes se tiennent sur la véranda de leur propre vie (exilés par conséquent d'eux-mêmes) et que c'est la seule manière possible, pour eux, de défendre leur vie contre le monde, car si seulement ils se risquaient à rentrer chez eux (à être eux-mêmes ,donc) cette maison  redeviendrait immédiatement refuge fragile dans la mer du néant, destinée à se voir balayer par la grande vague de l'Ouvert, et le refuge se transformerait en piège motel, raison pour laquelle les gens s'empressent de sortir sur la véranda (et donc d'eux-mêmes), reprenant position au seul endroit où il leur a été donné d'arrêter l'invasion du monde, sauvant du moins l'idée d'une  maison à soi, fut-ce  en résignant à la savoir, cette maison, inhabitable. Nous avons des maisons, mais nous sommes des vérandas, pensait-il. Il regardait les hommes, et dans leurs mensonges émouvants, entendait le grincement de la chaise à bascule sur les planches poussiéreuses du porch ; et pour lui les grands éclats d'orgueil et de fatiguante affirmation de soi où il voyait, chez les autres et chez lui-même, se nicher le verdict d'un exil éternel n'étaient que de ridicules fusils chargés. C'était une histoire très triste, à bien y réfléchir, mais émouvante aussi, parce qu'à la fin, le professeur Bandini se savait ressentir de l'affection pour lui-même et pour les autres, et de la compassion pour toutes les vérandas dont il se voyait entouré"
 
Post-face
Je nous laisse méditer là-dessus...

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commentaires

Madame Copine 25/06/2007 09:45

Ah mais qu'est ce que c'est il y a deux messages!!!!
Ah ce cher Barrico!!!!
Bon City n'est pas un de mes préférés....

Laure 26/06/2007 22:32

Je ne l'ai apprécié qu'à la deuxième lecture, et j'avoue que je suis contente d'avoir insisté !

Expresso...

Le coup de la panne, par Mehdi Ahoudig

Le métro de Tokyo fonctionne très bien. Tellement bien que quand il y a une panne, c'est l'affolement général. Ballet de bruits et de voix pour mécanique un instant suspendue : tranche de son.