Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A Propos...

  • : Interlude...
  • : Ce blog est le résultat d'un challenge lancé par Madame Copine, mon amie du bout du monde... En réponse à mes mails éhontés critiquant un quotidien au demeurant tout à fait passionnant.
  • Contact

Cuisine du monde...

Locations of visitors to this page

Recherche

Mise en bouche...

Archives

Au menu...

Bonheurs et malheurs du jour dans Ligne privée - Titres, dédicaces et prologues dans Intercalaires - Ce que j'en pense dans A ma sauce. Piquante... - Ma vie de présidente dans Verbatim - Les interrogations du jeudi dans Fauteuil Club - Mes péripéties professionnelles dans Passage Public - Mon univers littéraire dans Sofa Travelling

28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 21:34
A défaut d’autre chose…
 
 
Dédicace
Travailleurs, travailleuses…
 
 
Prologue
Elle était sortie de chez cet élu notablement connu pleine d’espoir. Vous avez un bon CV lui avait-il dit. J’ai étudié dans la même branche que vous, avait-il rajouté. Il avait finit par lui faire miroiter qu’en attendant de créer l’observatoire de l’habitat, il se pouvait bien qu’il ait quelque chose pour elle. Points de suspension. Ah bon ? Elle était donc rentrée chez ses parents les yeux brillants d’émotion.
Deux semaines plus tard, elle avait reçu un coup de fil. Un entretien pour intégrer une société de transport ? Pourquoi pas. A temps partiel ? S’il faut en passer par là…
 
 
Morceaux choisis
 
En hiver, le costume était bleu pervenche, avec un chemisier synthétique blanc cassé, et de petits boutons nacrés. En été on changeait de palette : impression fraise écrasée. La panoplie était complète : un pantalon, une jupe au dessus du genou, deux chemisiers, un blaser, sans oublier le sac à main. La cheftaine était satisfaite. Du sur mesure répétait-elle à ses « filles », comme elle les appelait. Son outil de travail et sa passion, c’était les gommettes. Colorées. Avant, j’en ai bavé lui avait-elle dit le jour où elle lui avait remis son premier planning. J’ai beaucoup travaillé, et j’y suis arrivée avait-elle rajouté. Pour les filles vous savez, c’est ça ou les gants Mappa. Parce qu’elles sont pas diplômées. Mais vous, vous avez été pistonnée lui avait-elle lâché. Alors attention ! Point d’exclamation. Bon.
 
Sur son contrat, il était clairement stipulé qu’elle devait penser à mettre du déodorant (non fourni) et avoir sur elle et en toutes circonstances une trousse de maquillage pour les retouches éventuelles (un blush « bonne mine », un rouge à lèvres discret, des lingettes détachantes). Vous êtes l’image de la ville, son sourire, son humanité avait doctement répété le big boss à ses « beautés », comme il les appelait. C’était un ancien militaire. Pilote d’hélicoptère de son état. A présent, libéré des contraintes inhérentes à ses fonctions passées, il recevait les pieds sur son bureau. Une bouteille de Chivas posée dessus. Histoire que le tableau soit parfait. Vous me plaisez bien lui avait-il dit en l’accueillant. Vous avez du chien avait-il rajouté. Et si vous travaillez bien, vous irez loin. Clin d’œil. Bien.
 
La tâche paraissait à sa portée. Accueillir les passagers, et faire en sorte qu’ils passent un agréable voyage. Règle numéro une : sourire. Règle numéro deux : aider à composter le ticket. Règle numéro trois : proposer de porter les paquets, ou les poussettes. Règle numéro quatre : faire la causette au chauffeur. Règle numéro cinq : sourire. En boucle. Je suis une sociologue de terrain s’était-elle dit. Et il n’y a point de sot métier. Je vais m’adapter, et en parallèle je m’appliquerai à tout noter dans un petit carnet. A la fin je rédigerai une étude comparée. Un fort joli projet.
 
Au bout d’un mois, elle avait quelque peu déchanté. C’était un cours d’une soirée étudiante. Avant d’accepter, elle avait demandé à une collègue si elle pouvait la remplacer. A charge de revanche. Et pour s’y rendre, elle avait pris le bus. Deux heures de trajet. Quand elle était arrivée, elle avait soufflé. Pas longtemps. Tu fais quoi déjà toi ? Je travaille dans une société de transport. C’est-à-dire ? Je suis hôtesse dans des bus. Ah ! Et à côté tu es en quoi ? En quoi quoi ? Ben à la fac ! Ben rien. J’ai fini mes études. Et normalement, j’aurai bientôt un emploi dans un observatoire de l’habitat Ah… La soirée s’était terminée. Et il avait fallu retourner bosser.
 
Un matin, il lui était arrivé un petit pépin – revenant pourtant cycliquement – mais qu’elle n’avait pas prévu à temps. Elle avait dû rentrer chez elle pour se changer. A son retour, elle fut cueillie par la cheftaine. Vous avez quitté votre poste lui avait-elle asséné, très contrariée. Je suis désolée avait-elle rétorqué, fournissant les détails de nature à clore l’incident. Vous avez des WC à côté de votre lieu de travail lui avait-elle rappelé. Sans le nécessaire pour ce type de désagrément avait-elle répondu. Vous auriez du utiliser un rouleau de papier pour colmater… En attendant votre pause, avait-elle conclu.
 
 
Epilogue
A la fin, on lui rapporta un bruit de couloir. Une rumeur. Une humeur. Le big boss en était l'auteur. Celle-là, je vais la mater, s’était-il visiblement vanté. Un verre de Chivas à la main. Et les pieds sur le bureau. Histoire que le tableau soit parfait.
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Laure - dans Intercalaires
commenter cet article

commentaires

NatduVénéz 31/12/2007 23:48

Bonne année 2008 à toi et à ta famille. Que cette année t'apporte santé, amour et bonheur...

Laure 01/01/2008 16:21

Merci beaucoup pour tes voeux Nat. Tout pareil pour toi !

Juliette 29/11/2007 15:14

Ton commentaire chez moi m'a donné envie d'en savoir plus... Je compatis de tout coeur, mais il n'y a pas de sot métier et il faut bien commencer... Moi, c'est dans les boutiques France-Loisir, puis comme téléphoniste que j'ai commencé, comme quoi...

NatduVénéz 29/11/2007 15:02

Très bien raconté... Et tellement vrai ! Je suis heureuse de ne pas avoir eu besoin de passer par là... Quoique travailler à la chaîne avec le chef d'équipe qui se prend pour le "big boss" ne soit pas très passionnant non plus...

Expresso...

Le coup de la panne, par Mehdi Ahoudig

Le métro de Tokyo fonctionne très bien. Tellement bien que quand il y a une panne, c'est l'affolement général. Ballet de bruits et de voix pour mécanique un instant suspendue : tranche de son.